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L’amour, le pardon et l’amour 1/5

Créé par le 24 août 2015 | Dans : actualité, religion

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L’amour, le pardon et l’amour 1/5 dans actualité ob_b686aa_aimer-et-etre-aime-de-nl

 

 Tariq Ramadan in Articles, Français, Une 4 août 2015

Vivre, c’est souffrir, relevaient Schopenhauer et Nietzsche imprégnés des enseignements bouddhiques. Vivre, c’est aimer, affirmait saint Augustin en rappelant les enseignements du christianisme et des religions monothéistes. Le syllogisme aristotélicien est imparable : si vivre est souffrir et vivre est aimer alors aimer est souffrir. Encore une autre vérité universelle à laquelle on n’échappe pas et ce même sur une île déserte : si l’amour nous y accompagne, la souffrance immanquablement nous y suit. Les plus belles dispositions du cœur ont forcément un côté sombre, triste et parfois douloureux. Bien que la lucidité et la mémoire soient nécessaires, nos oublis, nos absences et nos inconsciences sont des protections qui nous aident à supporter notre humanité. Sauf à perdre la raison, il est bon que l’on perde parfois la mémoire. Comment pourrait-on, lorsque l’on croise le regard de celle ou de celui que l’on aime ou au détour d’un regard lancé à ses parents, à ses enfants, à ses amis, accepter, avec une lucidité sans faille, la vérité de la vie : un jour, il faudra se séparer, partir, ou peut-être divorcer, s’exiler, ou encore se renier, et quoi qu’il arrive, sans l’ombre d’un doute, mourir. Dans tous les cas de figure, entre le ciel et la terre, Meursault, L’Étranger de Camus, a raison : « Il n’y a pas d’issue. » Il est bon alors de « se divertir » sur le mode pascalien : oublier, penser à autre chose, éviter de penser. C’est le plus sage, le plus intelligent. Cassius « pense trop », affirmait le Jules César de Shakespeare qui désirait des « hommes gras » au cœur paisible. Hélicon, le conseiller du Caligula de Camus, ajoutait : « Tu sais bien que je ne pense jamais. Je suis bien trop intelligent pour ça. » Ou alors il faut aimer, aimer pour ne pas penser. Aimer, c’est souffrir ; aimer, c’est oublier. Les deux faces d’Hécate, la lune de la nuit, le soleil du jour : les contradictions inextricables de la vie.

Nous utilisons parfois les mêmes mots, mais nous ne disons pas les mêmes choses. Dans le taoïsme, le chemin ou la Voie (tao) qui mène au dépassement, à la régénérescence permet d’atteindre un niveau supérieur de plénitude par un travail sur soi, sur la totalité de son être. Nous sommes loin du dualisme grec et des catégories de l’Occident. Il s’agit de retrouver dans son corps, par la maîtrise, la respiration et la sexualité, l’énergie qui est l’essence du Tout, l’énergie cosmique, et de se fondre, de se confondre avec elle. Aucune frontière entre le profane et le sacré, et l’amour n’est point alors oublier mais atteindre, au-delà des contingences, l’éternité et ainsi le dépassement de la souffrance liée à la mort. Avec l’acceptation ou non des cycles de la réincarnation (samsara) et la libération du Nirvana notamment, le bouddhisme apporte une multitude de nuances à ces enseignements. Ce qui demeure commun au-delà de la diversité de ces traditions, c’est le refus du dualisme, les étapes de l’élévation du corps à l’esprit par un travail d’ascèse, de libération, de compassion et de détachement dont l’énergie et la finalité sont un amour qui se libère de ses dépendances (instinctives et sentimentales) pour se confondre avec l’énergie vitale du macrocosme. Tout participe de ce même élan, du même souffle : manger, respirer, prendre soin de son corps, de son être et de sa vie intérieure sont des actes mystiques et sacrés qui permettent d’atteindre un absolu par le dépassement dans l’AmourCompassion. Ainsi, c’est l’amour voilé, emprisonné et subi qui fait souffrir, qui fait oublier ou qui divertit pour un temps. « Corporalisé » sans esprit ou « sentimentalisé » sans âme : un amour « naturel » mais inachevé, handicapé. Il faut connaître le chemin, rectiligne mais exigeant, qui mène du corps au souffle, du souffle à l’âme et de l’âme au Tout. Le dualisme est un piège et l’individuation une prison. Nos souffrances sont forcément démultipliées quand nous sommes piégés et en prison. Au demeurant si nous devions reprendre des catégories que nous avions utilisées plus haut, on pourrait dire qu’il faut distinguer entre l’amour-émotion que l’on subit (et qui peut prendre possession de nous) et l’amour-spiritualité que l’on maîtrise, que l’on choisit et qui nous permet de sortir de soi-même et d’accéder au bien-être. L’amour-spiritualité serait donc une ascèse de la lucidité supérieure : d’aucuns, comme l’un des maîtres du taoïsme Tchouang-tseu, estiment qu’il faut « faire le vide », se libérer de ses intentions et du langage alors que d’autres, apparemment à l’extrême opposé (comme peuvent l’être certains confucianistes), pensent qu’il faut chercher « le plein » sans nier ses intentions mais en les orientant et en les façonnant par l’exercice, une attitude et un agir qui transcendent et libèrent.

Lorsque saint Augustin lance « Aime et fais ce qu’il te plaît », il n’a pas en tête les enseignements de l’un des courants du taoïsme qui, sur les traces de ce même Tchouang-tseu, appelle à retrouver la Voie, la légèreté naturelle, la non-volonté, le laisser-aller ou la « plénitude du vide ». Si les mots se ressemblent, les exigences et les finalités sont bien différentes. Il faut certes un travail sur soi, de la maîtrise et un dépassement, mais ceux-ci – dans la dualité de l’être et de la morale – passent par les catégories de l’éthique chrétienne justement : vivre l’amour en Jésus, c’est se libérer du péché, de la faute, dépasser sa corporalité naturelle pour atteindre l’esprit, l’âme dans sa pureté et sa proximité du divin. Cet amour est d’une grande exigence et acquiert son statut car il ne nie rien des attributs humains : son corps, ses instincts et les tentations dues au péché originel. La lucidité à l’origine permet, dans l’amour du Christ et de Dieu, d’être libre et de faire « ce qu’il te plaît ». Les traditions juive et musulmane se rejoignent quant aux enseignements sur l’amour : elles ne partagent pas avec le christianisme le rapport au péché et au salut par le Christ, mais elles déterminent le même enseignement fondateur : dans la relation avec l’Unique, l’amour est indispensable comme sont indispensables l’enseignement, l’effort et la discipline personnelle pour le transformer, le spiritualiser et ainsi vivre l’expérience de la proximité.

« L’amour est la clef », disait le jeune poète Rimbaud qui a finalement décidé de s’exiler, seul, alors que le poète Nerval, dans le même siècle, avait craint de s’être trompé d’amour (entre la créature Aurélia et le Créateur) et avait fini par se suicider. Les littératures du monde sont pleines de ces espérances, de ces contradictions et de ces douleurs. Elles en sont d’ailleurs l’aliment essentiel. Shakespeare traduisait par le drame les vérités de l’humain. Juliette fut l’archétype de l’amour, de ce bonheur habité par la douleur : emportée par la passion, elle apprend que Roméo est l’aimé et l’ennemi, un impossible amour. La formule shakespearienne révèle alors le secret : « L’amour est une fumée de soupirs ; dégagé, c’est une flamme qui étincelle aux yeux des amants ; comprimé, c’est une mer qu’alimentent leurs larmes. » Le bonheur et les larmes accompagneront de la même façon le tourmenté Hamlet cherchant à dépasser l’angoissante question « Être ou ne pas être » dans les yeux et l’amour d’Ophélie. Elle mourra noyée, le renvoyant aux questions existentielles : le manque d’amour appelle curieusement la mort. La tension, la contradiction, la douleur et la mort semblent être l’aliment et le sel de l’amour.

Toutes les spiritualités et religions ont en commun de chercher la réconciliation, l’harmonisation, le dépassement de la tension intrinsèque et fondatrice de l’homme : entre l’amour et la souffrance. Cette tension est, au demeurant, une autre façon d’exprimer l’espérance de liberté au-delà des réalités de la dépendance. L’enseignement est commun: pour parvenir à la confiance en soi, au bien-être, au terme du chemin initiatique, il faut commencer, disions-nous, par se méfier de soi à l’origine. Si l’amour nous paraît simple et évident grâce aux sentiments que l’on sent naître instantanément en son cœur, il faut néanmoins prendre le temps d’étudier ce cœur, cet amour.Il faut apprendre à aimer, s’imprégner des formes de la «clef» et des portes auxquelles elle est destinée.

La religion entre histoire, pouvoirs et idéologie

Créé par le 22 août 2015 | Dans : actualité, histoire des religions, religion

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Pour nombre de nos contemporains, il est difficile voire impossible de donner une définition absolue de la « religion » ou du « religieux ». Daniel Dubuisson, historien au Centre d’études et de recherches sur les savoirs, les arts, les techniques, les économies et les sociétés (Cersatés) a mené son enquête sur les fondements anthropologiques des sagesses et ceux de la pensée « religieuse » occidentale. Pour comprendre entre autres où s’enracinent certaines pratiques spirituelles de notre temps…

La notion de « religion » apparaît comme une création historique originale et singulière de l’Occident chrétien. Elle ne possède aucun équivalent ailleurs, que ce soit en Inde, en Chine ou dans l’Amérique précolombienne.

Le terme « religion » et la chose qu’il désigne possèdent une histoire qui s’est déployée dans le cadre exclusif de notre culture et de notre civilisation européennes. Aucune de nos définitions indigènes1 de ce mot, qui prétendrait posséder une valeur universelle et intemporelle, n’est en définitive pertinente. Et les partisans d’un homo religiosus éternel et immuable sont toujours contraints de se réfugier derrière des acceptions vagues, lyriques ou mystérieuses, mais toujours ethnocentriques car extraites en réalité du modèle chrétien.

La religion ou l’univers entier que ce mot résume pour nous (subtilités théologiques, conception de la personne humaine et de sa destinée, rôle de la providence, choix moraux, rétributions dans l’au-delà, immortalité de l’âme, disciplines du corps) n’a cessé, au cours des siècles, d’alimenter des controverses majeures.

Depuis près de vingt siècles en effet, l’histoire de nos idées religieuses a été l’objet d’innombrables et incessants débats entre penseurs chrétiens et philosophes juifs, païens ou hérétiques, entre croyants et athées, entre croyants et rationalistes… comme si « guerres » et « religions » avaient été pour l’Occident des synonymes.

1/ Ainsi, il eût été impossible à l’un de ses contemporains d’annoncer au Christ, que ce fût en latin, en grec, en hébreu ou en araméen, qu’il apparaîtrait un jour comme le fondateur d’une « religion » universelle. Une telle assertion eût été imprononçable, puis qu’aucun mot dans aucune de ces langues vénérables ne correspondait à ce que dit notre mot « religion ».

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Initiation aux religions

 

 

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