Le ministre de l'Economie Emmanuel Macron a de nouveau critiqué les 35 Heures, devant les patrons membre du Medef.
Le ministre de l’Economie Emmanuel Macron a de nouveau critiqué les 35 Heures, devant les patrons membre du Medef. (LP/PHILIPPE DE POULPIQUET)

Et bon week-end à La Rochelle ! En mettant en cause les 35 heures à l’université d’été du Medef, le ministre de l’Économie Emmanuel Macron a saisi les socialistes comme des brochettes sur un barbecue alors qu’ils font leur rentrée annuelle ce vendredi matin dans la ville blanche.

« La gauche n’est pas exempte de critiques particulières, a affirmé le ministre à Jouy-en-Josas (Yvelines) devant un parterre de chefs d’entreprise conquis. Elle a pu croire à un moment, il y a longtemps, que la politique se faisait contre les entreprises, ou au moins sans, qu’il suffisait de décréter et légiférer pour que les choses changent. Qu’il n’était pas nécessaire de connaître le monde de l’entreprise pour prétendre le régenter. Elle a cru que la France pourrait aller mieux en travaillant moins. C’étaient de fausses idées », a-t-il affirmé.

Des Yvelines à la Charente Maritime, il n’a pas fallu longtemps pour que les tenants de cette « vieille gauche » dont veut s’écarter Macron se rebiffent. « Je ne savais pas que Nicolas Sarkozy était de retour au gouvernement », a moqué l’ancien frondeur Christian Paul, peu versé dans le social-libéralisme à la Macron. « Ce sont des mots d’un homme politique de droite », a opiné le député Yann Galut. Il y voit « une provocation insupportable » de la part « d’un ministre ringard qui insulte, là, avec des propos irresponsables, à la fois Jean Jaurès, Léon Blum, François Mitterrand, Lionel Jospin et Martine Aubry ». « Macron se gargarise de sa pseudo-modernité. Ça devient pathétique », dégaine même Laurent Baumel.

Traité de «ringard», de néo Sarkozy

Il y a un an, dans un entretien au Point réalisé juste avant sa nomination à Bercy, Emmanuel Macron avait déjà abordé le sujet sous l’angle polémique, estimant, au conditionnel, que « nous pourrions autoriser les entreprises et les branches, dans le cadre d’accords major 01Net itaires, à déroger aux règles du temps de travail et de rémunérations ». L’entrée en matière avait fait grincer jusqu’à Marisol Touraine, ministre de la Santé, qui l’avait mal accueilli. En novembre encore, à l’Assemblée, l’ancien banquier d’affaires avait regretté que la réduction du temps de travail ait pu faire croire, notamment aux investisseurs étrangers, « que les Français ne voulaient plus travailler ».

«C’est une autre version du travailler plus pour gagner plus. On sait où ça a mené…», a ironisé auprès du Parisien l’ancien ministre François Lamy, bras-droit de Martine Aubry.

Gérard Collomb, membre des réformateurs, l’aile droite du PS, et proche d’Emmanuel Macron, tente ce vendredi une explication de texte sur France 2 pour le moins ambiguë. « Ce qu’il dit, c’est que pendant toute une période, on a cru que pour régler le problème du chômage il fallait partager le travail. On se rend compte que ça ne marche pas. Il faut privilégier une politique de l’offre. (…) Faire en sorte que beaucoup plus de gens puissent travailler », a affirmé le maire du Grand Lyon.

Noël Mamère, député-maire de Bègles, s’agace : son parti, Europe-Ecologie Les Verts (EELV) ne peut cautionner la politique du gouvernement, telle qu’incarnée par le ministre de l’Économie. En quittant leur parti politique, «François de Rugy et Jean-Vincent Placé sont dans une dérive sociale-libérale telle qu’on a pu la voir hier avec Emmanuel Macron », a-t-il encore reproché sur RTL.

Même Claude Bartolone s’agace. « Le moins qu’on puisse dire est que cette phrase est une fausse bonne idée, tance sur France Info le président de l’Assemblée nationale, habituellement plus transigeant. 35 heures, c’est la durée légale du temps de travail au-delà de laquelle sont déclenchées les heures supplémentaires. J’aurais préféré que l’on dise devant les patrons qu’il faut encore plus négocier ». La tête de liste PS pour l’Ile-de-France met en garde : face aux « inquiétudes » de la rentrées, « les Français ont besoin de sécurité, donc que chacun fasse attention à ses propos ». D’autant que « nous avons besoin de croissance, bien sûr, mais aujourd’hui nous avons aussi besoin de valeurs », moralise-t-il.

Jean-Marie Le Guen défend le ministre : «Vous seriez bien en peine de me trouver une phrase (dans les propos d’Emmanuel Macron, Ndlr) où il parlait des 35 heures», a déclaré le secrétaire d’État aux Relations avec le Parlement à la presse. «Il a tout simplement acté l’idée que la gauche, qui a à un certain moment laissé penser qu’elle était plutôt favorable à la civilisation des loisirs, aujourd’hui est tout à fait convaincue que (…) c’est bien le travail qui est une valeur essentielle», affirme-t-il. «Comment un député socialiste peut parler comme ça d’un membre du gouvernement ?»,  s’est interrogé Jean-Marie Guen, à propos de Christian Paul, qui a comparé Emmanuel Macron à Nicolas Sarkozy.

Il n’empêche, deux jours après une tribune aux Echos dans laquelle le Premier ministre disait notamment vouloir continuer à réformer dans le sens de la « flexisécurité », Yann Galut s’interroge sur l’agenda de Macron. S’est-il exprimé en service commandé ? « Je demande à Manuel Valls une clarification sur les propos qui sont des propos irresponsables. Ce sont des mots d’un homme politique de droite », a conclut le député du Cher. Manuel Valls, qui sera à La Rochelle, ne pourra pas se dérober.